Pink Story

 

Avant de rencontrer Jamie et de faire des pizzas, Marie faisait du cinéma.  C’est d’ailleurs sur le tournage d’un petit film indépendant américain, en plein désert marocain, que ces deux-là se sont rencontrés. Marie y était comédienne, Jamie rendait visite à son ami réalisateur. Dans le désert leur vie a trouvé une direction nouvelle et inattendue. Une rencontre de cinéma.

Et au fond, y a t-il tant de différence que ça entre un plateau de tournage et la cuisine du Pink Flamingo ? Car c’est bien le gout de la mise en scène qu’on retrouve dans ces pizzas. Ce talent propre aux grands artistes dont on essaie de s’inspirer mais qu’on arrive à peine, parfois, à imiter. Le talent de ceux qui savent rendre leur public heureux. De gens passionnés, qui se réinventent chaque matin. Créatifs et culottés.

Parce qu’il fallait une bonne dose de culot pour ne pas se laisser impressionner par les commentaires outrés des disciples de la pizza italienne. Et il semble qu’il y aura encore longtemps cette polémique entre les admirateurs inconditionnels du Pink Flamingo et ces détracteurs perpétuels. Mais c’est toujours beau à voir les artistes qui dérangent. Surtout lorsque que ceux-ci sont de simples rêveurs.

Car Marie & Jamie avait un rêve. Un rêve fait de flamants roses. De ballons de baudruches et de bicyclettes. De pizzas de toutes les couleurs. Aux multiples saveurs. De pizzas aux marshmallows. Il fallait y croire. Pour ma part, je n’y pas cru tout de suite. J’ai vu tellement de rêve ne pas se réaliser, de films qui ne trouvaient pas leur public, qu’il était difficile de ne pas être perplexe face à un scénario si insolite. Si libre.

Pourtant, quelques mois plus tard, en Aout 2004, le Pink Flamingo ouvrit ses portes rue Bichat, à deux pas du canal Saint-Martin. En lieu et place d’un magasin de chaussettes au joli nom de Mille-pattes. Ce devait déjà être un chouette endroit. Bien coloré.

C'était avant qu'il y ait une salle, avant même qu'il y ait des livreurs. C’était un comptoir, trois tabourets, du rock. Et un four à pizza pour le côté pratique. La société s'appelle Roots. Au sens propre comme au figuré. On peut y manger sur place, emporter sa pizza ou se la faire livrer.

La livraison se fait à vélo, c'est plus sain pour tout le monde et ça fait de beaux livreurs, bien musclés, ce qui plait beaucoup à Marie. Ou à pied si vous vous installez près du canal pour un Pink-Nik : vous passez commander votre pizza, on vous donne un énorme ballon rose gonflé à l'hélium et on vous laisse aller vous installer au bord du canal. C’est sympa et si vous n’aimez pas la croute vous pouvez la donner aux canards.

Le rêve n’en était plus un.

Tout ça aurait pu être de la poudre aux yeux, mais c’était sans compter sur le talent et l’amour de la cuisine de Jamie. Mais ça ne tombe pas du ciel un talent pareil. Des cuisines sélects  du fameux  Locke-Ober de Boston, à Jerry’s, diner trendy de Manhattan, en passant par le Cafe Luxembourg, jusqu’aux cantines mexicaines de Los Angeles, Jamie a appris partout et de tous, a multiplié les expériences, sans snobisme, avec éclectisme.

Quelques années et trois restaurants plus tard, à la manière d’un Coppola, Jamie choisit d’installer ses studios en marge d’Hollywood, qui serait ici Rungis, et de créer son laboratoire au cœur du marché d’Aligre, source de ravitaillement inestimable en produit frais et bio. Dans ce nouvel espace, Jamie y réinvente la pizza et tout les matins y fait mijoter et mariner les préparations de chaque pizza, qu'il fait ensuite livrer dans les restaurants parisiens. Marie y a installé les bureaux de la société au 1er étage et gère tout ce qu'il se passe hors de la cuisine. Ils ont l'œil sur tout, interviennent à tous les niveaux, dans tous leurs restaurants.  Toutes les semaines ils reçoivent des demandes de franchises des 4 coins du monde. Des plus loufoques au plus attrayantes. Toujours flatteuses. Mais les franchises ne se font ni sur des critères financiers, ni sur l'amitié, mais sur une sensibilité. Un feeling, tout simplement. Il y a très peu d’élu.

Pour prolonger la métaphore, l’art de Jamie est celui du casting et du montage. Marie s’occupe de la mise en scène. Quant au scénario, je ne pense pas qu’il y en ait vraiment un. Tout semble émaner d’une improvisation ultra-controlée. Une discipline particulièrement difficile, mais quand elle fonctionne aussi bien, tout devient magique...

De la magie… Et de l’amour aussi.

Car il ne faut jamais oublier que cette histoire est avant tout une histoire d’amour, devenue une histoire de famille. Un peu à l’italienne finalement... Parce qu’ils n’ont pas fait que des restaurants, ils ont fait des enfants aussi. Pendant que de nouveaux Pink Flamingo voient le jour à travers le monde, la famille s’agrandit. D’abord Tom, puis Clyde, et finalement Pearline. Le Pink Flamingo, c’est eux cinq. Avant tout. Et des amis. Et des clients. Des clients qui deviennent des amis. Des clients qui deviennent des amis qui deviennent des franchisés. Des amis qui restent des amis. L’art de brouiller les cartes, figure de style très subtil qui dépasse le simple exercice de mise en scène. Qui est qui au Pink Flamingo : vous aurez toujours du mal à comprendre. Mais à la fin, c’est votre plaisir de gourmet qui sera rassasié.

Voici comment un petit film indépendant est devenu une série. Ce genre de série contemporaine que jalouse le cinéma. Une série avec Marie & Jamie en showrunners intransigeants et sélectifs. Une série qui a, comme il se mérite, ses guest-stars. Quand le chanteur d’Herman Dune fait créer une version végétalienne d’une pizza. Quand l’artiste Space Invader envahit le Pink d’Aligre…

Jamie Young et Marie Ravel ont imaginé le concept Pink Flamingo en 2003 et sont partis explorer d’autres continents depuis l'été 2015 vers la côte Ouest des Etats-Unis. Et ce sont leurs amis, Nathalie, Thierry, Juliette et Thierry qui ont repris les rênes de cette incroyable aventure. 
Pink Flamingo, ce sont des pizzas gourmets, un concept unique, les pionniers de la livraison à vélo depuis 10 ans, un esprit cool et independant, décontracté mais sérieux… 

 

En attendant votre visite…

Peter Pan